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Simone Thiero : dépasser l’image du sportif parfait pour révéler la personne derrière la performance

Simone Thierot (crédit © Daniel bésikian)

À travers son parcours, Simone Thiero interroge notre regard sur le sport de haut niveau et sur la place accordée à l’humain derrière la performance. Son témoignage ouvre une réflexion plus large sur notre conception de l’excellence sportive : entre recherche du dépassement, respect de la personne et nécessité d’un modèle plus durable.

BMDB – Votre ouvrage L’image du sportif parfait dépasse largement le récit autobiographique. Quel regard souhaitiez-vous porter sur le sport de haut niveau en l’écrivant ?

Simone Thiero – C’est d’abord un regard sur les réalités parfois méconnues du sport de haut niveau. J’ai voulu montrer ce que le public ne voit pas : les blessures, la santé mentale, les injustices, le handicap invisible, mais aussi les témoignages d’autres sportifs en situation de handicap, dont certains ont vu les portes du haut niveau se refermer non pas par manque de talent, mais en raison de leur différence. À travers mon parcours et celui de champions du monde, de champions olympiques et d’autres athlètes, j’ai souhaité ouvrir le débat sur des sujets encore trop souvent passés sous silence et rappeler que derrière chaque performance se cache avant tout un être humain.

BMDB – Votre parcours est marqué par un handicap invisible que vous avez longtemps choisi de ne pas dévoiler. Avec le recul, que vous a-t-il appris sur les représentations de la performance et de la différence dans le sport ?

Simone Thiero – Avec le recul, j’ai compris que dans le sport de haut niveau, la performance est souvent jugée avant l’humain. Tant que je performais, personne ne cherchait à comprendre les efforts supplémentaires que me demandait mon handicap invisible. À l’inverse, j’ai rencontré des sportifs dont le handicap était plus visible et à qui les portes du haut niveau chez les valides ont été fermées, non pas par manque de talent, mais à cause de leur différence. Cela m’a fait prendre conscience que les apparences continuent d’influencer les regards, les décisions et parfois les parcours. Aujourd’hui, je souhaite faire évoluer ces représentations en rappelant que la différence ne doit jamais être un frein à l’ambition et que chaque sportif mérite d’être évalué sur ses capacités plutôt que sur son handicap.

BMDB – Vous évoquez une culture de la performance où l’on demande toujours davantage aux athlètes. Selon vous, comment concilier l’exigence sportive avec le respect de la santé physique et mentale des sportifs ?

Simone Thiero – Le sport de haut niveau repose sur l’exigence, et c’est normal. En revanche, cette exigence ne doit jamais se faire au détriment de la santé des athlètes. Pour ma part, j’ai passé toute ma carrière à compenser avec le côté gauche de mon corps afin de pallier la paralysie partielle de mon bras droit. Aujourd’hui, j’en garde de nombreuses séquelles. J’ai également vu des sportifs prendre des anti-inflammatoires comme des bonbons pour pouvoir continuer à s’entraîner ou à jouer, parfois au détriment de leur santé. À force de vouloir toujours performer, on finit par banaliser la douleur. Pour moi, il est essentiel de proposer un accompagnement individualisé. Nous ne sommes pas tous égaux face à l’effort, aux blessures ou à la récupération. Les entraînements doivent être adaptés aux besoins et aux capacités de chacun, tout en intégrant la santé mentale au même niveau que la préparation physique. Préserver un sportif, ce n’est pas diminuer l’exigence, c’est lui permettre de performer durablement sans compromettre sa santé ni son avenir.

BMDB – Au fil de votre carrière, vous avez connu des entraîneurs et des environnements très différents. Quelles qualités vous semblent aujourd’hui essentielles pour accompagner durablement un sportif de haut niveau ?

Simone Thiero – Au-delà des compétences techniques, je pense qu’un bon entraîneur est avant tout un éducateur et un humain. Il doit savoir écouter, comprendre et s’adapter à chaque sportif, car nous sommes tous différents. Certains ont besoin d’être poussés, d’autres d’être rassurés. J’ai connu des entraîneurs qui ne voyaient que la performance, mais aussi d’autres qui s’intéressaient à la personne avant l’athlète, et ce sont ceux qui m’ont le plus marquée. Un sportif qui se sent écouté et en confiance est souvent plus performant sur le long terme. Pour moi, les qualités essentielles sont l’écoute, l’empathie, la capacité à individualiser les entraînements, une bonne communication et la volonté de faire grandir le sportif, autant humainement que sportivement. La performance durable naît avant tout d’une relation de confiance entre le sportif et son environnement.

BMDB – Vous portez également un regard comparatif sur différentes cultures sportives, notamment à travers votre expérience en Allemagne. Quelles pratiques ou approches mériteraient, selon vous, d’être davantage développées ?

Simone Thiero – À l’époque, j’ai aussi le sentiment que le handicap restait un sujet tabou. Beaucoup de personnes n’osaient pas poser de questions, sans doute par peur d’être maladroites ou de me blesser. Du coup, on restait souvent dans le non-dit, ce qui pouvait laisser place aux suppositions. En Allemagne, j’ai apprécié que l’on ose venir me parler directement. Une simple discussion a permis de lever les incompréhensions et d’adapter les entraînements à mes besoins. Cette différence de mentalité m’a beaucoup marquée. Cette approche plus directe favorisait un climat de confiance. Le handicap n’était pas ignoré, mais pris en compte de manière pragmatique afin de trouver les adaptations nécessaires. J’y ai vu une culture du dialogue qui m’a beaucoup apporté.

BMDB – Au-delà de votre propre parcours, quels changements souhaiteriez-vous voir émerger dans l’accompagnement des sportifs, qu’il s’agisse de la prévention, du bien-être ou de la préparation mentale ?

Simone Thiero – J’aimerais que l’accompagnement des sportifs ne se limite pas uniquement à la performance. Il faudrait développer davantage d’ateliers de prévention, animés par des intervenants extérieurs, pour préparer les sportifs à l’après-carrière. Beaucoup vivent dans une bulle où tout tourne autour du sport, sans être préparés à ce qui viendra ensuite. Il serait également essentiel de les sensibiliser à des sujets très concrets comme la fiscalité, les déclarations d’impôts, les droits sociaux, les contrats, la gestion administrative ou encore l’éducation financière. Ce sont des compétences indispensables, mais qui sont rarement enseignées aux sportifs de haut niveau. Enfin, je souhaiterais que la préparation mentale et la prévention des blessures occupent une place aussi importante que la préparation physique. Former un champion, ce n’est pas seulement développer ses performances sportives ; c’est aussi lui donner les moyens de construire sereinement son avenir, pendant et après sa carrière.

BMDB – Votre témoignage s’adresse aussi aux jeunes générations. Quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes sportifs qui vivent avec un handicap invisible ou qui doutent de leur capacité à atteindre le haut niveau ?

Simone Thiero – Le premier message que j’aimerais leur transmettre, c’est de ne jamais laisser les autres définir leurs limites à leur place. Si j’avais écouté toutes les personnes qui pensaient que mon handicap m’empêcherait d’atteindre le haut niveau, je n’aurais jamais vécu la carrière que j’ai eue. Un handicap, qu’il soit invisible ou visible, ne définit pas votre valeur, votre capacité de travail ou votre potentiel. Il faudra parfois travailler différemment, s’adapter davantage et faire preuve de résilience, mais rien n’est impossible.

J’aimerais aussi leur dire de ne jamais avoir honte de leur différence. Pendant longtemps, moi-même, j’ai eu du mal à accepter d’être en situation de handicap. Il m’a fallu écrire ce livre pour réussir à en parler librement et à ne plus en avoir honte. Aujourd’hui, j’ai envie que les lignes bougent. J’aimerais que les jeunes sportifs grandissent dans un environnement où ils n’auront plus besoin de cacher leur différence pour être acceptés. Au contraire, j’espère qu’ils pourront en parler sans crainte, être compris, accompagnés et jugés avant tout pour leurs compétences et leur travail. 

BMDB – Si vous deviez résumer en une idée la transformation que vous espérez voir advenir dans le sport de haut niveau au cours des prochaines années, quelle serait-elle ?

Simone Thiero – Ce serait un sport plus inclusif. Aujourd’hui, dans de nombreux sports collectifs, des disciplines adaptées existent pour certains types de handicap, mais il reste encore un vide concernant les personnes en situation de handicap invisible. Si je prends l’exemple du handball, il existe le handball fauteuil ou le handball sourd, mais si je voulais reprendre une pratique adaptée à mon handicap invisible, je ne pourrais toujours pas le faire. Pourtant, nous sommes nombreux à vivre avec des limitations qui ne se voient pas mais qui ont un réel impact sur notre pratique sportive. J’aimerais que les fédérations réfléchissent à des solutions pour que ces sportifs aient, eux aussi, une place pleine et entière. L’inclusion ne doit pas s’arrêter aux handicaps les plus visibles. Elle suppose de reconnaître la diversité des parcours et de permettre à chacun de pratiquer son sport dans les meilleures conditions.

Pour aller plus loin

Simone Thiero

L’image du sportif parfait

Un témoignage sur le parcours d’une ancienne joueuse internationale de handball confrontée à un handicap invisible, et sur les réalités humaines qui se cachent derrière la performance sportive. 

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Le parcours de Simone Thiero ne constitue pas seulement un témoignage sur le sport de haut niveau. Il ouvre une réflexion plus large sur notre conception de l’excellence, de la performance et de la place accordée à la personne. Cette réflexion se prolonge dans la tribune qui suit.

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