
Cette contribution signée par Titus Jacquignon, publiée dans le numéro Hors-Série de la revue NUNC, consacré à Marcel Jousse, propose une initiation à la pensée de Marcel Jousse qui a créé une discipline originale et méconnue : l’anthropologie du geste. L’article explique les éléments fondamentaux de l’œuvre joussienne — mimisme, mimème, intussusception — et leur implications dans la compréhension du langage, de la mémoire et des dynamiques de transmission culturelle. A la suite de Marcel Jousse, Titus Jacquignon invite à reconsidérer l’homme comme un être dynamique – en élaboration permanente – de geste et de rythme, de mémoire et de transmission.
La pensée de Marcel Jousse repose sur une idée centrale : l’être humain est avant tout un être de geste et de mimisme. Il ne se contente pas de percevoir le monde, il le rejoue intérieurement à travers son corps.
Ce processus de reprise du réel constitue le fondement du langage et de la mémoire.
Jousse introduit pour cela la notion de mimème, unité vivante de mémoire corporelle. Le mimème n’est pas une simple idée, mais une trace dynamique du réel susceptible d’être réactivée dans certaines situations.
L’homme intègre ainsi le monde par un processus qu’il appelle intussusception : sons, gestes et impressions sont incorporés inconsciemment, puis organisés en structures mémorielles.
De cette activité émergent les formes du langage oral, des récits et des traditions. Les cultures orales reposent sur une mémoire vivante structurée par le rythme et la répétition, plutôt que sur l’écriture.
Dans cette perspective, l’anthropologie du geste devient une anthropologie de la connaissance incarnée : comprendre l’homme, c’est comprendre comment son corps pense, mémorise et transmet.