
Retour sur une visioconférence du Pôle Francophonie du Carrefour des Acteurs Sociaux
Le 3 septembre 2026, j’ai animé, au nom du Pôle Francophonie du Carrefour des Acteurs Sociaux, une visioconférence consacrée à une question en apparence technique, mais aux implications culturelles et géopolitiques plus larges : comment le français nomme-t-il les pays, les villes et les territoires du monde ?
Cette rencontre réunissait notamment Ange Bizet, spécialiste de la langue, de la toponymie et de l’onomastique, et Pierre Jaillard, haut fonctionnaire chargé de la terminologie et de la langue française, président de la Commission nationale de toponymie et du Groupe d’experts des Nations unies pour les noms géographiques (GENUNG).
Normaliser sans uniformiser
Ange Bizet a rappelé que les noms propres appartiennent pleinement à une langue et que le français doit pouvoir appliquer ses propres règles lorsqu’il nomme les réalités du monde. À travers les questions d’orthographe, d’accents ou de formes françaises traditionnelles, il a notamment posé la question du risque d’une convergence progressive vers des formes internationales, souvent dominées par l’usage anglophone.
Pierre Jaillard a, pour sa part, présenté le fonctionnement du GENUNG et rappelé que ses recommandations n’ont pas de portée juridique obligatoire. La normalisation internationale vise notamment à faciliter la coopération entre les États tout en tenant compte des processus nationaux et de la diversité linguistique.
Le débat a ainsi fait apparaître une tension essentielle : comment participer à la normalisation internationale sans transformer la recherche de références communes en uniformisation linguistique ?
Une question devenue numérique
La discussion a également permis de dépasser la seule question de la toponymie.
Les noms géographiques sont désormais intégrés à des bases de données, aux systèmes cartographiques, aux moteurs de recherche, à la traduction automatique et aux outils d’intelligence artificielle. Les choix opérés aujourd’hui peuvent donc contribuer à déterminer les références linguistiques utilisées demain par les infrastructures numériques.
La question de la toponymie rejoint ainsi celle de la souveraineté informationnelle, culturelle et numérique.
Quel rôle pour la Francophonie ?
Cette rencontre a confirmé l’intérêt d’élargir la réflexion au-delà des seules institutions nationales.
Le français étant une langue mondiale, portée par des sociétés et des institutions présentes sur plusieurs continents, il me paraît nécessaire de réfléchir aux moyens permettant à l’ensemble de l’espace francophone de participer davantage à la définition des références linguistiques qui le concernent.
La Francophonie pourrait notamment constituer un espace de concertation, d’expertise et de coordination, complémentaire des mécanismes nationaux et internationaux existants.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer souveraineté linguistique et coopération internationale, mais de trouver les conditions de leur articulation.
Cette visioconférence constitue une première étape dans cette réflexion, que je souhaite poursuivre autour d’une question simple :
Qui nomme le monde, selon quelles règles, et qui participe à la définition de ces règles ?
Cette réflexion prolonge ma tribune publiée en août 2026 : « Qui nomme le monde ? Pour une gouvernance francophone des normes linguistiques ».