Benoist Mallet Di Bento

Et si l’île de La Réunion devenait le laboratoire francophone d’un modèle énergétique ?

L’île de la Réunion à travers son relief accidenté

Territoire éloigné mais stratégique, La Réunion incarne les tensions du XXIe siècle : dépendance énergétique, vulnérabilité climatique, absence de vision nationale.
Et si l’île devenait le point d’ancrage d’une stratégie francophone, écologique et géopolitique, dans l’océan Indien ?

Le défi des cultures

Le pape Benoît XVI, nous rappelle que «Le signe d’une haute culture est son ouverture, sa capacité à donner et à recevoir, sa capacité à se développer, à se laisser purifier et à devenir plus conforme à la vérité de l’homme.»

«Placer les périphéries au centre de l’action» 

Loin d’être qu’un département d’Outre-mer, l’île de La Réunion (anciennement l’île Bourbon) incarne un paradoxe stratégique pour la France métropolitaine : à plus de 9 000 kilomètres de Paris, elle concentre à elle seule plusieurs défis du XXIe siècle – les enjeux économiques et écologiques, la justice sociale, la précarité énergétique, la résilience démocratique… Pourtant, elle reste trop souvent perçue comme une «périphérie à compenser,» plutôt qu’un avant-poste à valoriser. Il est temps de changer de regard. 

Solidarité énergétique en tension

Dans une remarquable étude «Énergie en Outre-mer : enjeux d’un service public sous contrainte» publiée par l’Institut Terram, la Commissaire à la Régulation de l’Énergie, Madame Lova Rinel Rajaoarinelina rappelle que dans les zones non interconnectées (ZNI), dont fait partie l’île de La Réunion, l’énergie ne peut se résumer à une infrastructure : elle touche au cœur du lien républicain. Produite localement, coûteuse, exposée à des risques climatiques et techniques, l’électricité à La Réunion est encore le produit d’un système de dépendance, où la péréquation tarifaire masque l’inégalité d’accès et l’absence de vision.

L’art des réalités, pas de la neutralité

«La politique, disait Charles De Gaulle, c’est l’art des réalités.» Or, cette réalité ultramarine dérange. La technocratie française préfère la neutralité à l’innovation territoriale. Elle oublie que la résilience, à La Réunion comme ailleurs dans les ZNI, n’est pas un concept de symposium : c’est une pratique quotidienne. Ici, les solutions importées d’Europe continentale échouent bien souvent- panneaux solaires inadaptés, batteries surchauffées, réseaux saturés… – tandis que des alternatives locales voient le jour, à l’image de plusieurs communes, où ingénieurs, collectivités et citoyens co-construisent une transition énergétique adaptée, innovante et sobre.

De la contrainte volcanique à la ressource stratégique

Et pourquoi ne pas aller plus loin, en s’inspirant du Canada, de l’Islande ou du Kenya, qui ont su tirer parti de l’énergie géothermique et volcanique pour réduire leur dépendance aux fossiles ? La Réunion, posée sur un volcan actif, possède, elle aussi un trésor énergétique inexploré qui pourrait transformer ses contraintes en un atout stratégique.

Une vision francophone à défendre

Et si, à rebours d’une logique d’assistance héritée des théories philosophiques du XVIIIe siècle, l’île de La Réunion devenait un laboratoire francophone de la transition énergétique ? Une vitrine de la sobriété maîtrisée, de la coopération Sud-Sud, Est-Ouest de l’innovation ? Située dans le trapèze des Mascareignes, elle peut être une référence énergétique avec les pays riverains de l’océan Indien ceci au service d’une francophonie qui ne se limite pas à la langue mais assume une responsabilité l’atténuation des changements climatiques, innovante pour les périphéries défavorisées etc.

Cela implique une rupture stratégique : Repenser le fonctionnement des pouvoirs, créer une autorité spécifique aux ZNI, doter les collectivités des moyens d’agir, soutenir un pôle régional d’innovation énergétique, inscrire La Réunion dans les politiques de la Francophonie indo-pacifiques. Bref, en finir avec la logique de perfusion et bâtir un récit commun fondé sur la confiance.

Outre-mer : marge ou matrice ?

La mondialisation, disait-on, devait être une ouverture. La globalisation, elle, est devenue une fermeture, verrouillée par les rapports de force du marché. Si la France, et plus largement la Francophonie, veulent porter une autre voie — celle d’un capitalisme éthique, sobre et solidaire — alors leurs Outre-mer, en particulier La Réunion, doivent devenir des territoires pionniers.

Pour des raisons historiques profondes, ni la Monarchie ni la République française n’ont su établir une relation pleinement juste et équilibrée avec les périphéries du territoire. D’où l’urgence d’explorer des voies nouvelles, fondées sur :

• la subsidiarité, pour redonner du pouvoir aux territoires eux-mêmes ;

• la reconnaissance des identités plurielles, qu’elles soient linguistiques, culturelles ou mémorielles ;

• la coopération territoriale, régionale francophone, comme levier d’action géopolitique.

La République française n’a pas vocation à gérer ses marges, mais à les réinventer comme des matrices d’avenir. Ce renversement de regard commence ici, dans l’espace francophone de l’océan de Indien, où l’innovation territoriale, la solidarité climatique et l’imaginaire postcolonial peuvent dessiner un nouveau modèle de développement.

Oui, pour une francophonie holistique ! 

Oui, pour une civilisation francophone !

Oui, pour une stratégie francophone !

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