Dans ce contexte, AFRIMAG donnera la parole à de personnalités pour imaginer la francophonie de demain. Aujourd’hui, c’est au tour de Serge-Éric Menye, consultant et essayiste, auteur de plusieurs ouvrages dont « L’Afrique sera-t-elle la catastrophe du XXIe siècle ? » Éditions Bibliomonde

AFRIMAG : Comment l’Afrique peut-elle tirer parti de l’héritage linguistique, culturel, économique et institutionnel de la francophonie ?
Serge-Éric Menye : La francophonie est un espace qui réunit plusieurs pays sur le continent africain et ailleurs. Il serait judicieux, à l’image du Commonwealth qu’il soit créé un cadre à l’intérieur duquel existe des accords de coopération et d’échanges sans restriction entre les différents pays. Pour la langue, il faut la valoriser dans l’apprentissage à travers des slogans, une célébration annuelle où tout le monde est impliqué, la dernière fête de la francophonie en RDC n’a pas été marqué ni par une communication d’ampleur ni la présence de la France. Silence complet. Les rendez-vous culturels « livres, expositions, concerts, films » doivent mettre en avant la particularité linguistique et ses atouts et dans les institutions les démarches administratives ainsi que les rituels publics devraient avoir une identité qui permette de distinguer sans nuance la langue française. Économiquement, il faut un environnent prioritaire pour les francophones, une zone d’échanges sans douanes et taxes, ce qui aura une fonction valorisante comme club de privilégiés et attractive.
AFRIMAG : Comment organiser l’émergence d’une nouvelle relation de coopération et de solidarité dans l’espace francophone ?
Serge-Éric Menye : Des objectifs et un calendrier doivent être fixés, avec des évènements retentissants s’appuyant sur une communication offensive qui met en avant de beaux récits et des exemples palpables dans la culture, le sport, le commerce, l’enseignement.
Les nominations des responsables doivent se faire avec des organisateurs tournants, des rotations comme la Coupe du Monde de football par exemple (en termes d’organisation). Il faut impliquer la jeunesse en y associant ce qui la fait vibrer, des concours d’écritures, de lectures…des prix.
AFRIMAG : Comment penser la francophonie à l’ère du populisme trumpiste ?
Serge-Éric Menye : Il faut mettre en avant les valeurs, les atouts des pays francophones, la solidarité, la bienveillance, la connaissance, le refus de l’exclusion, l’éducation comme vecteur des progrès, développer et présenter les échanges entre francophones comme un espace autonome et indépendant de l’influence américaine, prioriser les biens et services des francophones, leurs méthodes de gestions des affaires publiques et leurs modes de vie. Un environnement sûr, authentique, inspirant, paisible et stable doit être francophone. Les références politiques doivent s’en saisir comme élément différenciant dans les discours.
AFRIMAG : Comment la francophonie peut-elle contribuer à une approche partagée et humaine des migrations actuelles ?
Serge-Éric Menye : Il faut répondre au moins par le message et aussi des actions de développement aux sujets des migrations. Quels sont les pays les plus ouverts, partageant les mêmes valeurs, communiquant sur le potentiel de métiers qu’offre la francophonie et où se trouvent-ils ? De quelles manières dans l’espace francophone peut-on rendre la vie décente et attractive ? Les questions précédentes apportent aussi des éléments de réponses qui se concentrent sur les jeunes et les plus démunis en s’attaquant aussi aux causes avec la langue, le discours, la culture, l’éducation.
AFRIMAG : Comment la francophonie peut-elle s’organiser pour lutter contre la désinformation ?
Serge-Éric Menye : Il faut diffuser des messages en français pour éduquer les gens à l’utilisation des réseaux sociaux, la vérification des faits (fact-checking), comment à travers l’écriture on voit que l’auteur n’est pas français, comment voir la manipulation. L’enseignement doit être fait via tous les supports informationnels et numériques, et en expliquant pourquoi le public francophone est visé par la désinformation. Des rencontres aussi peuvent être organisées dans ce sens, avec à l’issue, des tests, comme on fait en entreprise contre les risques de piratage avec de courtes formations.