
Il y a quelques semaines, AFRIMAG faisait découvrir aux lecteurs, cette nouvelle génération de francophones dont la conteuse Burkinabé, issue de l’oralité, Hanna Samira Moumoula, médaille d’or des IXes Jeux de la Francophonie à Kinshasa.
Aujourd’hui, AFRIMAG est allé à la rencontre de Corentin Melchior qui, au côté de Néné Mariam Kane (Sénégal), est le co-Porte-parole du Parlement Francophone des Jeunes (PFJ).
AFRIMAG : Qu’est-ce que le Parlement Francophone des Jeunes ?
Corentin Melchior : Le Parlement Francophone des Jeunes (PFJ) est une des instances de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Elle est constituée de 95 sections (Parlements ou organisations interparlementaires) francophones ou francophiles réparties sur les cinq continents. Il s’agit d’un lieu d’échanges et de débats sur les sujets qui préoccupent ses membres. Le Parlement Francophone des Jeunes, réuni tous les deux ans, s’articule autour du même principe à la différence qu’il est constitué de jeunes. Lors de la 10e édition ayant eu lieu cette année à Montréal, ce n’est pas moins de 80 jeunes issus de 40 sections des quatre coins du monde qui se sont réunis afin d’établir quatre résolutions portant sur les sujets suivants : précarité de la jeunesse, encadrement de l’activité des influenceurs sur les réseaux sociaux, engagement civique des jeunes et promotion des usages officiels et populaires de la langue française. Pour ce faire, les jeunes sont répartis en commissions dont ils assument pleinement le fonctionnement (présidence, vice-présidence, rapporteurs). Toute la difficulté de cet exercice réside dans l’établissement de textes qui tiennent compte des réalités de pays/ régions parfois très différents.

Une fois les quatre résolutions achevées se déroule l’élection d’un binôme (femme/homme et Nord/ Sud) allant assurer la fonction de porte-parolat du PFJ durant les deux prochaines années. En juillet dernier, Néné Mariam Kane et moi-même avons eu l’honneur d’être élus. Nous exerçons notre mandat en transmettant les résolutions du PFJ aux politiques, en les interpellant ou encore en participant à d’autres événements traitant la question de la jeunesse francophone.
AFRIMAG : Quelle est la place de la jeunesse dans la Francophonie à horizon 2050 ?
Corentin Melchior : D’ici 2050, les 16-30 ans représenteront la majorité ou une partie importante de la population dans de nombreux pays francophones. Il est donc crucial que l’augmentation démographique aille de pair avec un questionnement de la place qu’elle occupe dans la société. Les chiffres sont éloquents : la jeunesse est presque totalement absente de la sphère politique. Sa représentation parlementaire oscille entre 0% et 5% dans la majorité des pays francophones mettant à mal le principe de représentativité et compliquant la mise à l’ordre du jour des problématiques de la jeunesse. A l’horizon 2050, il est primordial que la jeunesse renverse cette tendance afin de contribuer à des politiques publiques en adéquation avec ses enjeux et besoins. Les jeunes ne sont pas uniquement le futur de nos sociétés mais également leur présent. Par conséquent, les médias doivent prendre leurs responsabilités et inclure les jeunes dans le traitement médiatique quotidien au risque d’enfermer la jeunesse dans une marginalisation dont les conséquences seraient catastrophiques pour tous les acteurs de nos sociétés. D’ici 2050, la jeunesse doit sortir, ou être sortie, du paradoxe suivant : «vouloir changer le cours des choses, sans en avoir les moyens.»
AFRIMAG : Qu’est-ce que la politique ?
Corentin Melchior : Selon moi, tel qu’il a été initialement pensé, ce terme doit recouvrir une réalité beaucoup plus large à savoir «la vie de la cité.» Toute chose que nous entreprenons et qui impacte le collectif, de manière durable, est politique. Les associations, les syndicats, ou encore les mouvements citoyens sont autant de formes que peut incarner la politique. Pourtant, elles sont bien souvent écartées du débat médiatique renforçant ainsi l’image élitiste et restrictive de la politique. Dans le même temps, ces initiatives attirent de plus en plus de jeunes démontrant ainsi que la jeunesse n’éprouve pas un désintérêt pour les questions politiques mais plutôt pour les institutions perçues comme s’en saisissant habituellement (Parlements, Gouvernements, etc.). Néanmoins, il est, selon moi, important de marquer une différence avec le concept de société civile qui, bien souvent, exclue les institutions gouvernementales contribuant, in fine, à une scission entre ces dernières et les celles non-gouvernementales participant donc à la sacralisation du terme politique.
AFRIMAG : Quelle a été votre dernière mission en tant que porte-parole ?
Corentin Melchior : Néné Mariame Kane et moi-même avons eu la chance d’être invités au 3e Congrès de la Jeunesse Estudiantine Francophone (CJEF) organisé par l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) s’étant déroulé à Toulouse les 14 et 15 octobre derniers. L’événement a réuni 60 jeunes issus de plus de 50 pays différents à travers le monde dans l’unique but de rédiger l’Appel de Toulouse. Il s’agit d’une déclaration internationale visant à façonner «l’école de demain.» Les jeunes se sont attelés à la rédaction de propositions s’articulant autour de cinq thématiques : les transformations écologiques, technologiques, sociétales et du monde du travail ainsi que le vivre-ensemble. Cet appel sera, par la suite, adressé à nos dirigeant.e.s politiques. En tant que porte-paroles du Parlement Francophone des Jeunes, nous avons apporté notre expertise et notre connaissance du terrain afin d’alimenter les réflexions permettant, in fine, de porter haut et fort la voix de la jeunesse francophone.