
Comment relever les défis énergétiques de l’Afrique pour stimuler la croissance et la paix et en même temps, soutenir l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA) visant à transformer l’Afrique en puissance mondiale de l’avenir ?
Dette climatique et conséquences financières
Selon l’exposé du «Who Owes Who ?» d’Action Aid, les chercheurs Jason Hickel et Andrew Fanning, avancent que les pays riches auraient une dette climatique d’un peu plus de 31 000 milliards d’euros envers l’Afrique. Dans ce rapport, ce chiffre représenterait le montant dont les pays industrialisés seraient débiteurs pour avoir dépassé leur part équitable du budget carbone mondial. À titre de comparaison, cette dette calculée est plus de 50 fois supérieure à la dette extérieure totale de l’Afrique comme le rappelle l’économiste, Olivier de Souza. Et de ré-enchérir : «non seulement cette dette climatique n’est pas payée, mais ce sont les pays africains qui paient les intérêts. A titre indicatif, sur une échelle de grandeur, en moyenne, les taux d’intérêt sur les prêts climatiques atteignent 9,8 % en Afrique contre 0,8 % pour l’Allemagne. Il faut noter également que deux tiers des financements climatiques versés par les pays riches sont des prêts. Et l’Afrique reçoit moins de 5 % des financements climatiques mondiaux, et une majorité de ces fonds sont assortis de conditions qui perpétuent le cycle de l’endettement.» Ce n’est pas sans rappeler l’affaire de la «double dette» haïtienne.
Le Nucléaire, un futur à construire en Afrique
Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE-IEA), l’écrasante majorité de la population mondiale sans accès à l’électricité se trouve en Afrique, soit plus de 600 millions de personnes. De plus, la demande énergétique du continent africain est appelée à croître de manière exponentielle au cours des prochaines décennies. D’ici 25 ans, l’Afrique devrait compter près d’1 milliard d’habitants additionnels, sa population passant de 1,5 à 2,5 milliards. 80% de cette croissance démographique se produira dans les villes.
Sous l’Apartheid, l’Afrique du Sud inaugurait sa première centrale nucléaire toujours en activité. Elle reste, à ce jour, la seule en Afrique.
L’Afrique, terrain stratégique ?
Alors que les jeux des moyennes et grandes puissances se poursuivent en Afrique cherchant à renforcer leurs partenariats nucléaires stratégiques avec une emprise d’allégeance.
Pourquoi ne pas projeter la construction d’une ambitieuse association de l’industrie minière et de l’énergie nucléaire en Afrique ? Pour l’Afrique, c’est à la fois une opportunité et une responsabilité. Cette démarche permettrait de construire une base de puissance et un chemin vers l’indépendance.
Dans ce cadre, une alliance entre pays africains francophones, appuyée par des partenaires comme la Corée du Sud, les Émirats arabes unis, la France et le Québec – tous membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) – pourrait permettre de bâtir une industrie énergétique intégrée, fondée sur la souveraineté, la compétence et le partenariat équitable. La Francophonie ne serait alors plus seulement un espace linguistique, mais un levier géostratégique d’émancipation économique et de stabilité régionale.
L’extraction minière africaine au service de la paix ?
Sur l’abondance des richesses du sous-sol, les pays africains sont dans une conjonction exceptionnelle de facteurs favorables, en position de force, vis-à-vis des économies les plus développées. Dans la perspective de renforcer la coopération pour la paix et la sécurité mondiale, tous pourraient s’entendre sur une politique réglementaire commune pour encadrer l’extraction et le commerce des minerais.
Là aussi, la Francophonie peut être un cadre privilégié pour favoriser une coopération basée sur des valeurs partagées, au service d’une croissance pacifique et inclusive. Transformer les ressources naturelles en instruments de paix plutôt qu’en moteur de conflits, tel est l’enjeu.
Pourquoi coopérer ?
Selon, l’essayiste Emmanuel Cheiron : «penser que nous progressons collectivement parce que nous sommes en compétition les uns les autres est absurde et néfaste. Cela ne correspond en rien aux réalisations de l’humanité, qui résultent de la coopération.»
La francophonie, «c’est l’Homme debout»
La Francophonie peut être un levier puissant pour bâtir un avenir africain durable, souverain et pacifique. Ce projet exige : des investissements communs ; une solidarité stratégique ; une vision partagée du rôle de l’Afrique dans la paix mondiale.
Construire une Afrique debout, qui ne subit plus les règles du jeu mondial mais écrit ses propres règles, c’est possible. Ce projet appelle à la mobilisation des États, des intellectuels, des entreprises et des citoyens de la Francophonie. Car c’est en Afrique que se joue une grande partie de l’avenir de l’humanité.