Benoist Mallet Di Bento

Du XIXe Sommet de la Francophonie de Villers-Cotterêts-Paris – Les enjeux de la francophonie

Et pourquoi pas, Le Grand-Palais ne deviendrait-il pas le siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

L’observatoire démographique et statistique de l’espace francophone de Laval au Québec expose que la francophonie : c’est la cinquième langue la plus parlée au monde ; c’est 900 000 professeurs de français dans le monde et 50 à 96 % des personnes interrogées qui considèrent que la langue française est utile pour faire des études, trouver un emploi, effectuer des recherches sur Internet, découvrir d’autres cultures…

À l’initiative de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) et de plusieurs organisations de l’écosystème éducationnel francophone dont l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), le 21 novembre prochain sera célébré la Journée Internationale des Professeurs de Français, cette journée a pour objectif de valoriser le métier d’enseignant du français. D’autre part, la démographie des pays francophones, devrait dépasser les 700 millions d’ici 2050, or, les systèmes éducatifs de plusieurs pays stagnent, ce qui pourrait modifier les projections à long terme. « Ce sera le plus gros enjeu par rapport aux perspectives du français dans les décennies à venir. » précise Richard Marcoux, Directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone au Québec.

La francophonie, c’est aujourd’hui 343 millions de francophones, 16% du PIB mondial et 20% des échanges mondiaux. C’est dans ce contexte qu’à l’initiative de M. François Vandeville, Secrétaire-général du XIXe Sommet de la Francophonie, que le salon FrancoTech en partenariat avec Business France et l’Alliance des patronats francophones réunissait 1500 professionnels, chefs d’Etats et de délégations, entrepreneurs de près de 100 pays à travers cinq thématiques l’intelligence artificielle, la transition énergétique, le capital humain, la logistique, la sécurité alimentaire et le financement de l’innovation…

Dans un monde multipolaire une civilisation francophone émerge

Mme Louise Mushikiwabo, Secrétaire-générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) le rappelle dans un entretien avec l’Agence France Presse (AFP). « A partir des années 2000, nous sommes devenus une organisation qui n’a pas abandonné la langue française et la culture, mais qui a ajouté d’autres champs d’action dans le domaine de la coopération et a pris un tournant beaucoup plus politique. Aujourd’hui, nous sommes un peu comme l’Union européenne, les Nations unies. Nous sommes le deuxième bloc le plus important en nombre de membres, après l’ONU » tout en reconnaissant l’influence « modeste » de l’organisation.

Budget dérisoire

Du Sommet de la Francophonie de Villers-Cotterêts, L’Angola, le Chili, la Nouvelle- Écosse (Canada), la Polynésie française et la Sarre (Allemagne) sont désormais membres observateurs de la Francophonie, tandis que Chypre et le Ghana ont vu leur statut évoluer pour devenir membres de plein droit. L’OIF compte désormais 93 États et gouvernements : 56 membres, 5 membres associés et 32 observateurs mais le budget global de l’OIF au titre de l’année 2024 ne s’élève qu’à 67 millions d’euros.

Alors comment répondre aux enjeux vitaux de la Francophonie d’aujourd’hui ?

Comment fédérer les Francophonies autour d’un projet mondial de développement ? Comment construire un nouveau contrat social et environnemental Francophone ? Comment améliorer l’efficacité des politiques publiques des institutions internationales ? Comment redonner du souffle et la confiance à la vie des Relations internationales ? Par la mise en place d’un « Bouclier francophone » soit une institution financière au service de l’OIF.

Une institution financière sous la direction de l’OIF

L’OIF (Organisation internationale de la francophonie) pourrait enrichir son cadre stratégique en adoptant au prochain Sommet, la mise en place d’une institution financière. Elle pourrait permettre de mettre en œuvre une politique de coopération solidaire cohérente au service des francophonies.

La France pourrait donner l’exemple en transférant à l’OIF sur la base de 0,07% de son Revenu national brut  (RNB), soit 1,24 milliard d’euros qui serait soustrait des différentes sources budgétaires et extrabudgétaires d’aide française et plus particulièrement émanant de l’Agence Française de Développement (AFD).

L’AFD, une institution d’apparatchiks à génération spontanée

Il est opportun de citer, le journaliste Pierre Jacquemot qui prend sur le fait l’Agence Française de Développement AFD. En effet, la francophonie est bien loin de ses préoccupations « quand elle parle de recherche avec les chercheurs africains, (alors qu’elle) renonce à soutenir la revue Afrique contemporaine pour privilégier « Global Africa. » » (Que dire de sa fête du 10 février 2023, (lorsqu’affiché en grand : « Let’s Strat Together – The Party !! » – il faut probablement lire : Let’ start together -. Quand elle vous invite à une conférence, elle le fait dans le cadre de l’AFD Invitation Research conversations. Le comble de l’absurde s’est produit le 7 décembre 2022, lors de la 15e Conférence internationale organisée par l’AFD sur le thème de la Sustainability, quand Souleymane Bachir Diagne, éminent philosophe sénégalais, a dû traduire en anglais sa communication qu’il avait rédigée en français, et qui a été retraduite en français par l’interprète pendant la séance.»

La Société civile francophone étrangement absente aux réflexions et aux négociations

L’ONG Oxfam a dénoncé « l’hypocrisie » de la France qui a coupé, selon elle, un quart de son Aide Publique au Développement (APD) depuis deux ans, alors que « 70 millions de francophones ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. » « Le XIXe Sommet de la Francophonie a pour devise : “Créer, innover et entreprendre”, mais, pour décrire la francophonie, les termes inégalités, pauvreté et injustices auraient été plus justes », a déclaré Alan Anic, chargé de plaidoyer pour Oxfam. L’APD de la France représentait 0,5 % du Revenu national brut (RNB) en 2023, contre 0,6 % pour la Suisse, 0,44 % pour la Belgique et 0,38 % pour le Canada.

A Paris, les 22 et 23 juin 2023, le Président Emmanuel Macron réunissait un « Sommet pour un nouveau pacte financier mondial » pour réfléchir à l’avenir de l’architecture financière mondiale. Comme souvent de belles intentions se sont retrouvées dans les discours mais se sont avérées absentes dans les actes. Le dénominateur commun est que la Société civile francophone est étrangement absente aux réflexions et aux négociations.

Le conflit RDC-Rwanda

Lors de sa visite à Kinshasa en mars 2023, le Président Macron s’était, déjà, fait remarquer en ne condamnant pas l’intervention du Rwanda sur le sol de la République Démocratique Congo (RDC) ce qui avait, fortement, déplu au Président Félix Tshisekedi, qui le lui avait rappelé en pleine conférence de presse.

Entre un discours d’ouverture et une conférence de presse, à « un double standard »

Lors de son discours d’ouverture, le chef de l’Etat français a omis de mentionner explicitement le conflit en RDC, préférant centrer ses propos sur d’autres crises internationales ce qui a entrainé le départ précipité du Président, Félix Tshisekedi, percevant comme une politique française de « deux poids deux mesures », alors que la France a pris position dans d’autres conflits.

La morgue des dirigeants français vis-à-vis du Président Félix Tshisekedi, fait le Président Macron a réussi la prouesse de se fâcher avec le Président du plus grand pays francophone au monde, en l’occurrence la RDC, ayant le plus de potentiel d’avenir en Afrique. Dans vingt-cinq ans, la RDC sera le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, derrière le Nigeria, et le huitième au niveau mondial, avec une population estimée à 215 millions d’habitants. M. Macron et ses mentors n’ont rien compris à la mentalité africaine et on oscille entre la pitié et la condescendance d’une diplomatie « hors-sol » française. La France aura grand mal à revenir dans le jeu, alors que la RDC reste, fortement, courtisée par les pays du BRICS+.

Contrairement à ce qu’a martelé le chef de l’Etat français lors de sa conférence de presse du 05 septembre dernier, il y a bien « un double standard. »

Le Grand-Palais, siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

L’image symbolique la plus saisissante lors de ce XIXe Sommet fut que ce ne soit pas le drapeau de l’Organisation Internationale de la Francophonie qui flottât au couronnement de la verrière du Grand-Palais, ni que les monuments publics, les établissements d’enseignements parisiens etc. soient pavoisés du drapeau de l’OIF associé à celui de la France comme c’est le cas lors d’une visite d’État. M. Macron donne l’apparence d’une francophonie comme étant instrumentalisé à ses propres objectifs et non comme une profession de foi.

Et pourquoi pas, Le Grand-Palais ne deviendrait-il pas le siège de l’Organisation Internationale de la Francophonie ?

Oui, pour une civilisation francophone !

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