Benoist Mallet Di Bento

ENTRETIEN – Hanna Samira Moumoula, artiste conteuse burkinabè

«Le conteur joue un rôle important dans la préservation et la transmission du patrimoine culturel du pays»

AFRIMAG : Quelle est la situation des arts de la parole et plus particulièrement des griots au Burkina Faso ?

Hanna Samira Moumoula : Déjà, je voudrais préciser une chose, je ne suis pas griotte parce qu’on ne devient pas griotte, on naît griotte. C’est un héritage familial qui est transmis de génération en génération et implique une lourde responsabilité. Et tous les conteurs ne doivent pas être considérés comme des griots. Moi par exemple, j’ai commencé le conte par admiration, ensuite, cette admiration s’est transformée en passion. Et pour répondre à la question en ce qui concerne le Burkina Faso, les arts de la parole occupent une place prépondérante dans la culture burkinabè. Le conte, en particulier, est un art traditionnel très apprécié ici. Il joue un rôle important dans la préservation et la transmission du patrimoine culturel du pays. Et le conteur est un véritable artiste qui sait captiver son public avec ses récits. Il utilise sa voix, ses gestes et son expression pour donner vie aux personnages et aux événements racontés. Les contes abordent des thèmes variés tels que l’histoire du pays, les valeurs traditionnelles, les légendes et les fables morales. Et maintenant, plus ce que jamais, le conte occupe une place indispensable, je dirais, car au-delà de l’aspect ludique, il a aussi une fonction pédagogique et est vraiment un moteur de consolidation de paix et de cohésion sociale. Grâce à des conteurs comme Son Excellence Sanaba  Bounda de Arbollé connu sous le nom de KPG conteur ou encore leur Excellence Toudeba Bobelle, Sidiki Yougbare, Mariam Koné, et plusieurs autres conteurs qui ont travaillé de sorte que l’oralité a su résister au temps malgré l’insuffisance d’engouement autour du conte ou des activités qui le touche.

AFRIMAG : Que faudrait-il envisager pour que l’oralité redevienne universelle ?

Hanna Samira Moumoula : Ce n’est peut-être pas une opinion partagée, mais à mon avis, le conte n’a pas perdu son universalité. Il faut aller hors de chez soi pour se rendre compte de la beauté de cet art et de l’importance qu’accorde le public à cette merveille qu’est le conte. Vieux, jeunes ou encore les tout petits enfants, tout le monde se reconnaît à travers des récits créés sous la coupe de la réalité sociale ou encore des légendes très appréciées par les enfants. Dans le monde entier, il y a des spectacles de contes, des compétitions, des résidences de créations de conte. Dans le monde entier, il y a des histoires à partager, à faire entendre ; le conte est partout, autour de nous. Même à la maison, je prends l’exemple des parents souvent qui racontent des histoires aux enfants pour qu’ils s’endorment ou pour qu’ils retiennent une leçon, une morale de vie. Il n’est peut-être pas fait sous la forme officielle de spectacle, mais c’est du conte. C’est exprimer ses émotions, c’est faire participer son public ou son interlocuteur. Alors il est universel le conte. Comme suggestion, pour qu’il reste tel, ce serait de continuer à le promouvoir, le valoriser et l’adapter en fonction de l’évolution du temps et des générations pour ne pas se perdre dans une monotonie quitte à éteindre toute la magie qu’il y a autour et tel que nous l’avons connu depuis nos grands-parents.

AFRIMAG : Dans les sociétés traditionnelles, les conteurs ont une éminente place de sage, de conseiller… Comment l’envisagez-vous dans l’Afrique francophone d’aujourd’hui et de demain ?

Hanna Samira Moumoula : Dans l’Afrique francophone d’aujourd’hui et de demain, je pense que les conteurs et conteuses conservent une place importante en tant que transmetteurs de savoirs, d’histoires et de traditions. Ils occupent toujours une position de sages et de conseillers dans de nombreuses communautés, bien que leur rôle puisse avoir évolué en raison des changements sociaux, culturels et technologiques.

Les conteurs et conteuses doivent continuer à jouer un rôle clé dans la préservation et la valorisation du patrimoine oral africain, en transmettant des récits traditionnels, des légendes et des contes, car leur art permet de conserver la mémoire collective, de transmettre des valeurs et des enseignements, de rappeler l’importance de la tradition et de l’histoire.

En plus, ces gardiens de l’histoire doivent être des promoteurs de la langue et de la culture africaine, mais sans oublier d’utiliser le français comme moyen d’expression compris par des millions de personnes à travers le monde. Ils peuvent ainsi contribuer à la diversité culturelle et linguistique en partageant leurs histoires avec un public plus large, aussi bien dans les communautés locales qu’à l’échelle nationale et internationale.

Je pense également que les conteurs et conteuses peuvent s’adapter aux nouvelles technologies et aux médias modernes pour toucher un public plus large et plus jeune. Je donne cet avis parce que je fais partie de cette génération qu’on appelle «Génération tête baissée» alors je dirais qu’ils peuvent utiliser les réseaux sociaux, les plateformes de vidéos en ligne et les applications pour raconter leurs histoires de manière interactive et attrayante, tout en préservant et en mettant en valeur la richesse des cultures africaines en vue de montrer toute la splendeur et la modernité que le conte peut avoir.

Pour terminer, même si la société évolue et que les modes de communication changent, les conteurs et conteuses restent des figures importantes dans les sociétés africaines francophones, en tant que gardiens de la tradition, transmetteurs de savoirs et créateurs d’histoires qui continuent d’inspirer et de guider les générations présentes et futures.

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