Benoist Mallet Di Bento

Un Sommet pour l’action sur l’Intelligence artificielle à Paris

Sommet de l’Intelligence Artificielle du 10 au 11 février 2025 à Paris

Selon l’économiste David Cayla, maître de conférences à l’Université d’Angers, «l’UE ne rattrapera pas son retard sur le numérique » ; nonobstant ce, à partir du 6 février, pendant près d’une semaine, Paris accueillera de nombreux évènements visant à renforcer l’action internationale en faveur d’une intelligence artificielle au service de l’intérêt général

La semaine prochaine, 10 et 11 févriers, sera rythmée par : des journées scientifiques, une fin de semaine culturelle, un Sommet international au Grand Palais, de nombreux évènements parallèles, une journée pour les entreprises.

Stargate : le numéro 1 incontesté de l’IA au 21e siècle ?

Stargate est une coentreprise formée par OpenAI, SoftBank, Oracle et MGX, qui prévoit d’injecter 500 milliards de dollars d’ici quatre ans dans des méga-campus accueillant des centres de données. Ces centres serviront à entraîner et à faire tourner de nouveaux modèles d’IA. En septembre dernier, le co-fondateur et Président d’Oracle, M. Larry Ellison, déclarait : «l’IA est une course de Formule 1. Tout le monde veut être premier dans un des domaines d’application de l’IA. À votre avis, combien faut-il pour entrer dans la course et créer un modèle d’IA compétitif ? 10 milliards ? 100 milliards ? Oui, 100 milliards et vous pouvez rejoindre la course. Peu d’entreprises, peu de pays peuvent entrer dans la course. Mais ça, c’est plutôt bon pour nous !»

Quid des enjeux techniques et énergétiques ?

Selon Mme Christine Dugoin-Clément, chercheuse pour la chaire risque de l’IAE Paris-Sorbonne, «certaines estimations annoncent que la consommation énergétique demandée par les centres de données pourrait tripler d’ici 2028. C’est colossal. À ce jour, on ne sait pas quelle sera la source d’énergie qui sera mobilisée pour alimenter ces centres de données.» Elle précise également : «l’autre volet, c’est le facteur humain. Si vous développez une capacité aussi importante en termes d’intelligence artificielle, il va vous falloir des gens compétents pour développer, maintenir, etc. ces systèmes. Pour cela, il va falloir les former.»

Le continent africain et l’IA  

Selon une étude de Grand View Research, le marché mondial des centres de données devrait atteindre 437 326,20 milliards de dollars d’ici 2030. En Afrique, Data Bridge Market Research estime que le marché devrait atteindre 5 505,69 millions de dollars US d’ici 2030, contre 2 145,81 millions de dollars US en 2022, porté par l’adoption progressive du numérique par les entreprises et les gouvernements. Des revenus dont Microsoft voudrait bien capter la majorité.

Selon un autre rapport «Africa Development Insights» publié en juin 2024 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’intelligence artificielle pourrait ajouter 1 200 milliards de dollars à l’économie africaine, d’ici 2030. Google avance même une estimation plus élevée, évaluant cette contribution potentielle à 1 500 milliards.

DeepSeek, Qwen 2.5… ébranlent l’hégémonie américaine

La jeune pousse chinoise DeepSeek est venue bousculer la suprématie de l’IA américaine en présentant un robot conversationnel capable de concurrencer ChatGPT d’OpenAI pour beaucoup moins cher. L’effet a été immédiat, entraînant une chute des valeurs européennes, asiatiques et américaines liées à l’IA. L’investissement annoncé par l’entreprise, soit 7 % du coût du développement de ChatGPT. Son entraînement a été effectué avec des puces moins puissantes, puisque le gouvernement américain a interdit au fabricant californien Nvidia de vendre ses derniers modèles aux Chinois.

Contrairement à OpenAI, DeepSeek publie tous ses modèles auprès de la communauté open source. Cela inclut son code, son architecture, et même les pondérations des modèles, disponibles en téléchargement pour tout le monde. Ironiquement, cela les rend plus ouverts qu’OpenAI. DeepSeek démocratise l’IA !

Une technocratie française dépassée par un monde nouveau

Le Président Emmanuel Macron présidera lundi 10 février et mardi 11 février prochains, le sommet sur l’intelligence artificielle. Le Président français souhaite également former une coalition internationale pour une «IA durable», qui serait alignée sur les Objectifs de développement de l’ONU. Un accent particulier sera mis sur la mesure de l’impact énergétique de ces technologies, dans une optique de responsabilité environnementale.

Enfin, le troisième objectif majeur est l’établissement d’une gouvernance internationale de l’IA ainsi que des annonces concernant l’installation de nouveaux centres de données en France.

Alors que l’investissement annoncé par DeepSeek ne serait que de 6 millions de dollars US, le chef d’Etat français est à la recherche de 2,5 milliards d’euros… pour créer une fondation française sur l’IA éthique. Une fois de plus, la technocratie française a des ambitions internationales, mais dépassée par un monde nouveau, par une notoire incompétence, méprisant l’idée de création d’une fondation francophone sur IA durable et éthique ainsi que de créer un réseau mondial de centre de données francophone.

Une stratégie de l’IA francophone ?

L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) n’a pas de vision stratégique globale propre à la francophonie, en cause la France, premier contributeur financier de cette institution. D’autres grandes puissances économiques francophones comme la Côte d’Ivoire, les Émirats arabes unis, le Maroc, le Québec… pourraient devenir l’acteur emblématique de cette nouvelle francophonie revitalisée, et c’est concevable ! Pourquoi ne pas envisager que l’OIF s’enrichisse d’un cadre stratégique en adoptant la mise en place de sa propre institution financière ? Elle pourrait permettre de mettre en œuvre une politique de coopération solidaire cohérente au service des francophonies.

La France pourrait donner l’exemple en transférant à l’OIF 0,07 % de son Revenu national brut (RNB), soit 1,24 milliard d’euros, qui serait soustrait des différentes sources budgétaires et extrabudgétaires d’aide française, et plus particulièrement émanant de l’Agence Française de Développement (AFD).

Une francophonie ayant sa place dans l’écosystème de l’IA

Pourquoi ne pas envisager un accord entre les puissances francophones à fort potentiel scientifique et la Corée du Sud, 13e puissance économique mondiale et membre observateur de l’OIF, pour ouvrir une troisième voie, pour construire des architectures ouvertes, interopérables et éthiques ; pour une stratégie commune d’une IA frugale, déontologique et centrée sur les besoins des civilisations et cultures souvent ignorées par les algorithmes globaux.

«Là où la volonté est grande, les difficultés diminuent», disait Nicolas Machiavel. Les 93 membres de l’OIF doivent faire le choix d’une francophonie tournée vers l’avenir, au service du progrès, de la solidarité, de la coopération, des langues nationales et minorées.  

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