
Statisticien, responsable de la division statistique électricité et gaz au ministère de l’Aménagement du territoire, de la Transition écologique (MTES France), enseignant à l’Université Paris Dauphine.
Dans cet entretien, Alexandru-Victor Andre apporte force argumentaire en faveur de l’énergie nucléaire civile pour le développement de l’Afrique
AFRIMAG : Pouvez-vous présenter ?
Alexandru-Victor Andrei : Je suis directeur du Carrefour des Acteurs Sociaux – pôle énergie. Le CAS qui est un cercle de réflexion promouvant l’offre énergétique française en Europe et à l’international. Notre mission : fédérer les acteurs clés du secteur, organiser des événements et favoriser les coopérations pour un avenir énergétique durable.Nous mettons en avant les compétences françaises dans l’énergie via divers événements et opportunités de coopération. Parmi nos réalisations : conférences avec des dirigeants renommés comme MM. Bernard Fontana (PDG d’EDF) et François Gauché(Framatome Healthcare), collaborations avec Framatome Space, le CNES et ArianeEspace sur le nucléaire spatial, ainsi que des webinaires réguliers avec des spécialistes.Le CAS coopère avec institutions académiques, entreprises énergétiques et organisations internationales pour renforcer son impact et promouvoir l’offre française à l’international.
AFRIMAG : Aujourd’hui, nombreux sont les pays qui s’intéressent à l’énergie nucléaire. Que représente cette source d’énergie propre ? Quels sont les enjeux ?
Alexandru-Victor Andrei : L’énergie nucléaire représente une source d’énergie propre et puissante, capable de produire de grandes quantités d’électricité sans émettre de gaz à effet de serre. Elle est considérée comme une solution viable pour répondre aux besoins énergétiques croissants tout en luttant contre le changement climatique. Les enjeux principaux incluent la sécurité énergétique, la réduction des émissions de carbone, et le développement économique.Pour l’Afrique, l’énergie nucléaire offre une opportunité de diversifier son bouquet énergétique, actuellement dominé par les énergies fossiles et les énergies renouvelables intermittentes. La coopération avec des entreprises françaises, qui possèdent une expertise nucléaire avancée, peut aider les pays africains à développer des infrastructures nucléaires sûres et efficaces. Les entreprises françaises, de leur côté, peuvent bénéficier de nouveaux marchés pour leurs technologies nucléaires et renforcer leurs relations économiques et politiques avec l’Afrique.
AFRIMAG : L’énergie nucléaire est également civile. Comment peut-elle contribuer à apporter de la lumière à un continent africain où encore 600 millions de personnes vivent dans la pénombre ?
Alexandru-Victor Andrei : L’énergie nucléaire civile peut jouer un rôle crucial dans l’éctrification de l’Afrique. En fournissant une source d’énergie stable et abondante, elle peut aider à combler le déficit énergétique qui affecte des centaines de millions de personnes. Par exemple, l’Afrique du Sud, qui possède la seule centrale nucléaire en fonctionnement sur le continent, produit environ 6% de son électricité grâce au nucléaire.La coopération entre les entreprises françaises et les pays africains dans ce domaine peut être particulièrement bénéfique. Les entreprises françaises peuvent apporter leur expertise en matière de construction et de gestion de centrales nucléaires, tandis que les pays africains peuvent offrir des ressources naturelles et un marché en croissance. Cette collaboration peut également inclure la formation de personnel local, le transfert de technologie, et le développement d’infrastructures énergétiques durables.
AFRIMAG : N’est-ce pas l’énergie nucléaire essentielle pour dynamiser l’agriculture et l’industrie africaines ?
Alexandru-Victor Andrei : Absolument. L’énergie nucléaire peut dynamiser l’agriculture et l’industrie africaines de plusieurs manières. Dans le secteur agricole, elle peut être utilisée pour augmenter la productivité. Dans l’industrie, une source d’énergie stable et abondante est essentielle pour soutenir la croissance économique et attirer les investissements étrangers.La coopération entre les entreprises françaises et les pays africains peut faciliter l’introduction de ces technologies en Afrique. Par exemple, les entreprises françaises peuvent aider à développer des centres de recherche nucléaire en Afrique, similaires à ceux existants au Maroc, qui permettent de fabriquer des radionucléides utilisés dans les thérapies contre le cancer et d’autres applications médicales. Ces centres peuvent également servir de pôles pour la formation et l’innovation, stimulant ainsi le développement économique et technologique du continent.
AFRIMAG : L’énergie nucléaire, c’est aussi la recherche, des investissements, des talents… L’Afrique a-t-elle les moyens de ces défis ?
Alexandru-Victor Andrei : L’Afrique possède un potentiel considérable pour l’énergie nucléaire avec ses ressources d’uranium, mais nécessite un soutien international. Le développement nucléaire exige d’importants investissements, des infrastructures adaptées et une main-d’œuvre qualifiée.La coopération française peut apporter investissements, technologies avancées et programmes de formation pour développer les compétences locales. En retour, l’Afrique offre des opportunités de marché et ressources naturelles, créant une relation mutuellement bénéfique.Les accords peuvent inclure : construction de centrales, développement de centres de recherche, formation de scientifiques et ingénieurs africains. Ces initiatives créent une industrie nucléaire durable tout en renforçant les liens économiques franco-africains.Cette coopération nucléaire civile offre des opportunités significatives : pour l’Afrique, accès à une énergie propre et stable, développement économique et amélioration des infrastructures ; pour les entreprises françaises, nouveaux marchés technologiques, opportunités d’investissement et renforcement des relations avec le continent africain. Ensemble, ces régions peuvent bâtir un avenir énergétique plus durable et prospère.